Sartre. L’existentialisme est un humanisme.

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Plan détaillé de la conférence

I Les critiques des communistes et des catholiques (p.21-25)

Quatre griefs principaux. On accuse l’existentialisme 1) de décourager les hommes à agir  (quiétisme) ; 2) d’avoir une vision négative de l’homme (pessimisme) ; 3) d’être une philosophie individualiste ; 4) de conduire au relativisme moral. Un reproche essentiel : l’existentialisme met « l’accent sur le mauvais côté de la vie humaine » (p.23). L’adjectif « existentialiste » est devenu péjoratif. Comparaison de l’existentialisme avec le naturalisme (Zola).

II Qu’est-ce que l’existentialisme ? (p.25-33)

Deux espèces d’existentialistes : les existentialistes chrétiens (Karl Jaspers, Gabriel Marcel) et les existentialistes athées (Heidegger, Sartre). Point commun : « l’existence précède l’essence »

L’essentialisme : « l’essence précède l’existence ». Le modèle de l’objet artificiel ou fabriqué (l’exemple du coupe-papier) (p.26). L’application de ce modèle à l’homme. Deux types d’essentialisme : 1) l’essentialisme reposant sur l’idée de Dieu (Descartes, Leibniz) ; 2) l’essentialisme du XVIIIe siècle : l’idée de nature humaine (Diderot, Voltaire, Kant).

Sartre défend une nouvelle conception de l’homme : Dieu n’existant pas, l’homme est cet être pour lequel l’existence précède l’essence. L’homme, au départ, n’est rien : il est complètement indéterminé ; il se définit par ses actes, il est tel qu’il se fait. Dignité de l’homme. « L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement au lieu d’être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur. » (p.30) Distinction entre le projet et la volonté. L’homme comme être pleinement responsable. Double responsabilité : responsabilité vis-à-vis de soi-même, mais aussi vis-à-vis de l’humanité entière ; « en me choisissant, je choisis l’homme »(p.33).

III L’explication de certains concepts importants (p.33-51)

 L’angoisse (p.33-37). « L’homme est angoisse. » Mais les hommes, en général, sont de mauvaise foi : ils cherchent à se masquer l’angoisse, à la fuir. La référence à Kierkegaard : l’angoisse d’Abraham. L’exemple du chef militaire. Agir, c’est faire l’expérience de l’angoisse.

– Le délaissement (p.37-47). Problème : la morale peut-elle se passer d’un fondement religieux ? Selon les radicaux qui défendent une morale laïque, la réponse est positive. Selon les existentialistes, au contraire, si dieu n’existe pas, la morale est fragilisée. Dostoïevski : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis ». Les hommes sont délaissés : ils doivent choisir par eux-mêmes, ils sont libres. « L’homme est condamné à être libre. » (p.39) Critique de la passion comme « torrent dévastateur ». Critique des signes. Ponge : « L’homme est l’avenir de l’homme ».

L’exemple du jeune homme qui hésite entre s’engager dans la résistance et rester auprès de sa mère (p.41-46). Critique de la morale kantienne.

Deux problèmes. 1) Le problème des sentiments (p.43-46) : pour décider, peut-on se fier à ses sentiments ? En fait, « le sentiment se construit par les actes qu’on fait » (p. 45). 2) Le problème de l’interprétation des signes (p.46-47) : c’est nous qui décidons du sens que les événements ont pour nous. L’homme « porte l’entière responsabilité du déchiffrement ».

– Le désespoir (p.47-51). Thème stoïcien : agir sans espoir en distinguant ce qui dépend de nous, et ce qui n’en dépend pas. Descartes : « Se vaincre soi-même plutôt que le monde ». Débat avec les marxistes : peut-on compter sur les autres ? Les hommes sont libres : on ne peut pas savoir, à l’avance, ce qu’ils feront.

IV Réponse aux critiques énoncées au début de la conférence (p.51-74)

1) L’existentialisme s’oppose au quiétisme (p.51-53). « Il n’y a de réalité que dans l’action. » (p.51) La mauvaise foi. Le génie de Proust ou de Racine réside dans leur œuvre. Nous ne sommes que ce que nous faisons : en dehors de nos actes, il n’y a rien.

2) L’existentialisme n’est pas une doctrine pessimiste (p.53-56). « Dureté optimiste. » Contre Zola et le déterminisme. Critique de la notion de tempérament ou de caractère. On ne naît pas lâche ou héros : on le devient, par les actes qu’on accomplit.

3) L’existentialisme n’est pas une philosophie individualiste, qui enferme l’homme « dans sa subjectivité individuelle » (p.56-62)

Reprise du cogito cartésien (p.57), critique du matérialisme (p.58) : l’homme est un sujet ; il n’est pas une simple chose.

Mais refus du solipsisme : contrairement à Descartes, Sartre reconnaît l’importance d’autrui. « L’autre est indispensable à mon existence, aussi bien d’ailleurs qu’à la connaissance que j’ai de moi. » (p.59)

S’il n’y a pas de nature humaine, il y a néanmoins une condition  humaine (p.59-61). Les hommes, quelle que soit l’époque à laquelle ils vivent, quelle que soit leur culture, partagent des caractéristiques communes  (par exemple, ils travaillent, ils vivent avec les autres, ils sont mortels). De ce fait, les hommes, malgré leurs différences, peuvent se comprendre.

4) Examen de trois objections concernant la morale.

L’objection du choix gratuit (p.63-67). Référence à Gide. Certes, il n’y a pas de valeurs préétablies. Mais l’homme ne choisit pas de manière arbitraire ou par caprice : il ne peut pas ne pas choisir, il choisit toujours à partir de la situation dans laquelle il se trouve. Comparaison entre le choix moral et la création artistique : « dans les deux cas, nous avons création et invention » (p.66).

L’objection de l’impossibilité du jugement (p.67-73). « On peut juger un homme en disant qu’il est de mauvaise foi. » (p.68) La mauvaise foi est une erreur et une faute. La liberté comme fondement de toutes les valeurs. Distinction entre les lâches et les salauds. Comparaison entre deux romans : Le moulin sur le Floss de George Eliot et La Chartreuse de Parme de Stendhal.

L’objection des valeurs. Des valeurs inventées par l’homme sont-elles des valeurs véritables, des valeurs  « sérieuses » ? Si Dieu n’existe pas, « il faut bien quelqu’un pour inventer les valeurs » (p.73). On ne peut pas faire autrement.

V Les deux types d’humanisme. Conclusion (p.74-78)

L’humanisme classique : l’homme comme fin et valeur supérieure. Cocteau, Le Tour du monde en 80 heures: « l’homme est épatant ». L’homme peut-il se juger lui-même ? « L’existentialiste ne prendra jamais l’homme comme fin, car il est toujours à faire. » (p.75) Critique de l’humanisme classique qui aboutit au fascisme. L’humanisme existentialiste. L’existentialisme, loin de se réduire à l’athéisme, tend vers l’agnosticisme : « même si Dieu existait, ça ne changerait rien » (p.77) ; c’est à l’homme de prendre en charge son existence.

NB : la pagination correspond à l’édition Folio (Gallimard, 1996).

 

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