Pourquoi faut-il se cultiver ?

Fahrenheit 451

François Truffaut, Fahrenheit 451, 1966.

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Deux rapports possibles à la culture

« La culture est cette sorte de savoir gratuit à toutes fins, que l’on acquiert en général à un âge où l’on n’a pas encore de problèmes à poser. On peut passer sa vie à l’accroître, à la cultiver pour elle-même. Ou bien on peut s’en servir comme une sorte de boîte à outils, à peu près inépuisable. Les intellectuels sont préparés par toute la logique de leur formation à traiter les œuvres héritées du passé comme une culture, c’est-à-dire un trésor que l’on contemple, que l’on vénère, que l’on célèbre, en se valorisant par là même, bref, comme un capital destiné à être exhibé et à produire des dividendes symboliques, ou de simples gratifications narcissiques, et non comme un capital productif que l’on investit dans la recherche, pour produire des effets. Cette vision « pragmatique » de la culture peut paraître choquante, tant la culture est associée à l’idée de gratuité, de finalité sans fin. Et il fallait sans doute avoir un rapport un peu barbare à la culture – à la fois plus « intéressé » et moins fasciné, moins religieux – pour la traiter ainsi, notamment la culture par excellence, la philosophie. »

Pierre Bourdieu, Choses dites, Les éditions de Minuit, 1987, p. 41.

 

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