Montesquieu. Commerce, paix et moralité.

114.reunion_traite_romeTraité de Rome, 1957.


« Le commerce guérit des préjugés destructeurs et c’est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces.

Qu’on ne s’étonne donc point si nos mœurs sont moins féroces qu’elles ne l’étaient autrefois. Le commerce a fait que la connaissance des mœurs de toutes les nations a pénétré partout: on les a comparées entre elles, et il en a résulté de grands biens.

On peut dire que les lois du commerce perfectionnent les mœurs, par la même raison que ces mêmes lois perdent les mœurs. Le commerce corrompt les mœurs pures  : c’était le sujet des plaintes de Platon; il polit et adoucit les mœurs barbares, comme nous le voyons tous les jours.

L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes: si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels.

Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particu­liers. Nous voyons que, dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales: les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent.

L’esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité, et qu’on peut les négliger pour ceux des autres.

La privation totale du commerce produit au contraire le brigandage, qu’Aristote met au nombre des manières d’acquérir. L’esprit n’en est point opposé à de certai­nes vertus morales: par exemple, l’hospitalité, très rare dans les pays de commerce, se trouve admirablement parmi les peuples brigands ».

Montesquieu, De l’esprit des Lois, IV, XX, 1 et 2.

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On pourrait se réjouir aujourd’hui de la multiplication des échanges économiques entre les pays, du fait de la mondialisation. Le développement du commerce international serait, en effet, bénéfique, car il permet à chaque pays de se procurer les biens qui lui manquent, et donc de satisfaire ses besoins, par exemple, en matières premières. Mais, au-delà de la circulation des marchandises, il a aussi des vertus politiques, puisqu’il contribue à instaurer des relations pacifiques entre les différents pays. De fait, si chacun possède ou produit des biens qui font défaut à l’autre, et inversement, chacun a intérêt à échanger, et donc à entretenir une situation de paix avec ses partenaires, ce qui fait diminuer les risques de conflit. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette idée a encouragé les Pères de l’Europe (comme Robert Schuman et Jean Monnet) à se lancer dans la construction d’un marché commun, qui, instaurant la libre circulation des marchandises entre les pays membres de l’union, empêcherait la résurgence de la guerre.

Mais cette idée n’est pas nouvelle : on la retrouve sous la plume de Montesquieu, dans son ouvrage intitulé De l’esprit des lois (1748). Témoin de l’essor du commerce, alors que le capitalisme est encore naissant, ce dernier s’interroge sur les conséquences à la fois politiques et morales d’un tel phénomène. La question qu’il pose est la suivante : le développement du commerce apporte-il la paix ? La thèse défendue par Montesquieu est claire, mais nuancée : si le commerce a des effets bénéfiques sur l’état des relations internationales, son impact sur la mentalité des individus est néanmoins néfaste. Certes, le commerce est « doux » par nature : celui qui fait du commerce achète et vend des biens, de manière pacifique, et donc sans recourir à la violence. Contrairement au vol ou au « brigandage » qui repose sur l’usage de la force, l’échange économique dépend du consentement libre et mutuel des personnes. Toutefois, le progrès politique ne s’accompagne pas nécessairement d’un progrès moral : celui qui fait du commerce renonce à la violence, non par « vertu » mais par « intérêt » ; loin d’être bienveillant à l’égard d’autrui, il fait un calcul égoïste. En ce sens, on ne peut pas faire de Montesquieu un apologiste inconditionnel du commerce, car son éloge s’accompagne d’une sérieuse réserve.

Son raisonnement s’établit donc en deux temps (comme le suggère la division du texte en deux chapitres distincts). Dans un premier temps, Montesquieu s’interroge sur le « commerce » et montre dans quelle mesure on peut l’accréditer d’une vertu pacificatrice. Dans un second temps, il s’intéresse davantage à « l’esprit du commerce », ce qui lui permet de nuancer sa thèse initiale, et d’évaluer plus finement les rapports qui existent entre le commerce, la paix et la moralité.

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Il convient de partir des faits observables. En historien et géographe de son temps, Montesquieu commence par faire un constat : « c’est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces ». Entre le commerce et la paix, il n’y a pas tant un rapport de cause à effet qu’une certaine concomitance : l’un n’irait pas sans l’autre, et réciproquement. Dans la plupart des cas, les sociétés pacifiques sont des sociétés commerçantes, et les sociétés commerçantes sont des sociétés pacifiques. Montesquieu précise qu’il s’agit d’une « règle générale » qui énonce ce qui se produit le plus souvent, et non d’une règle universelle, car des exceptions sont possibles. Par là même, il faut se montrer prudent et ne pas se livrer à des généralisations hâtives : la restriction « presque » confirme cette incertitude. Des sociétés pacifiques, mais qui ne soient pas commerçantes, pourraient exister : la possibilité n’est pas exclue. Or, cette régularité entre le commerce et la paix n’est pas indifférente : on aurait du mal à croire qu’elle soit le fait du pur hasard. Après avoir énoncé les faits, Montesquieu se propose donc de les expliquer : il a recours à plusieurs arguments qui laissent à penser que l’essor du commerce favorise effectivement la paix.

Tout d’abord, l’échange commercial n’est pas seulement économique : il a une dimension culturelle qu’il ne faut pas négliger. Voilà pourquoi Montesquieu affirme qu’il « guérit des préjugés destructeurs » ; il « a fait que la connaissance des mœurs de toutes les nations a pénétré partout : on les a comparées entre elles, et il en a résulté de grands biens ». Loin de se réduire à la circulation des marchandises, le commerce met en rapport des hommes de cultures différentes, car il suppose des voyages à travers le monde. La découverte du Nouveau Monde, par exemple, a été l’occasion d’une rencontre entre la culture des Européens et celle des Indiens. Certes, la rencontre entre les peuples a toujours généré des tensions, voire des conflits, car l’ethnocentrisme (comme le dira Lévi-Strauss) est l’une des tendances naturelles des hommes. Spontanément, de manière quasi instinctive, nous rejetons les cultures différentes de la nôtre, en les traitant de « barbares » ou de « sauvages ». C’est que nous évaluons ces cultures à partir des valeurs qui sont véhiculées par notre propre culture, et qui sont autant de « préjugés destructeurs ». Reliant les peuples, malgré leurs différences culturelles, le commerce contribue à atténuer les peurs de chacun, et favorise donc la tolérance. Rempart contre l’ethnocentrisme, il constitue aussi un facteur d’acculturation. Ouverte sur le monde, une société commerçante s’enrichit, en intégrant à sa propre culture des éléments qu’elle emprunte à celle des autres. En ce sens, le commerce n’apporte pas seulement la paix, mais aussi un enrichissement culturel.

Un second argument est avancé par Montesquieu. Si l’essor du commerce favorise la paix, ce n’est pas seulement parce qu’il contribue à lutter contre l’ethnocentrisme ; c’est aussi parce qu’il rend les pays interdépendants économiquement, ce qui les dissuade de se faire la guerre. « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels ». L’analyse se situe désormais au niveau des relations internationales. Si les pays ne se font pas la guerre entre eux, c’est d’abord parce qu’ils n’ont pas « intérêt » à le faire. Dans la mesure où chacun a besoin de ce que l’autre a, et inversement, chacun sera réticent à déclencher un conflit, de peur d’être privé de certaines ressources ou de certains biens qu’il ne peut obtenir que par l’échange. Ainsi, selon Montesquieu, c’est l’intérêt économique qui empêche les pays de se faire la guerre, en dépit de la peur qu’ils ont les uns des autres, ou du désir qu’ils éprouvent de s’emparer des biens d’autrui. Préfigurant, d’une certaine manière, la théorie de la main invisible de Smith, Montesquieu légitime la recherche par chacun de son intérêt personnel au nom de l’intérêt général : «  Et il est heureux pour les hommes d’être dans une situation où, pendant que leurs passions leur inspirent la pensée d’être méchants, ils ont pourtant intérêt de ne pas l’être [1] ». La recherche de l’intérêt personnel est donc valorisée dans la mesure où, neutralisant les passions meurtrières, elle contribue au maintien de la paix. Mais il ne faut pas céder trop rapidement à l’optimisme : la paix qu’apporte le commerce, résultant d’un calcul intéressé, n’est-elle pas éphémère ? Le pays le plus puissant militairement pourrait avoir intérêt à faire la guerre, car, le risque de défaite étant faible, au lieu d’échanger, il gagnerait davantage en pillant les ressources des autres. Par ailleurs, en admettant que le commerce fasse reculer la violence sur la scène internationale, fait-il pour autant disparaître tout conflit au sein de la société ?

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A bien y regarder, les effets du commerce sont ambigus : l’impact que l’essor du commerce peut avoir sur une société est difficile à évaluer. Voilà pourquoi, conservant sa prudence initiale, Montesquieu introduit plusieurs distinctions. Tout d’abord, tout dépend du type de société que l’on considère. « On peut dire que les lois du commerce perfectionnent les mœurs, par la même raison que ces mêmes lois perdent les mœurs. Le commerce corrompt les mœurs pures : c’était le sujet des plaintes de Platon ; il polit et adoucit les mœurs barbares, comme nous le voyons tous les jours ». La même cause (le commerce) produit donc des effets différents (corruption ou pacification) selon le type de société considéré. Par « mœurs pures », Montesquieu entend les mœurs conformes à la moralité. Par « mœurs barbares », il entend les mœurs de ceux qui, n’échangeant pas, ont des rapports violents. Dans une société aux « mœurs pures », les individus sont soucieux du bien commun, et ne font pas passer leurs intérêts personnels avant l’intérêt général. Si « le commerce corrompt les mœurs pures », c’est parce qu’il pousse les hommes à veiller à leur propre intérêt au détriment de celui des autres, et qu’il stimule de manière excessive leurs désirs d’acquisition de biens matériels. Montesquieu fait référence ici à Platon, lequel accuse le commerce d’implanter « dans les âmes des mœurs instables et malhonnêtes » de telle sorte que « la cité manque de confiance et d’amitié à l’égard d’elle-même aussi bien qu’à l’égard des autres hommes [2] ». Ce que critique, en particulier, Platon, c’est l’introduction du luxe dans la cité, qui plonge les hommes dans la démesure (pleonexia), faisant du commerce, non pas pour satisfaire leurs besoins, mais pour accumuler toujours davantage de richesses. Les échanges économiques se réalisent alors au détriment des relations humaines : pour accroître leur fortune, les individus peuvent mentir, ne pas respecter leur parole et avoir des comportements déloyaux. Si, en revanche, on considère des « mœurs barbares », le commerce se révèle positif, puisqu’à défaut d’apporter la moralité, il fait disparaître les comportements violents : celui qui fait du commerce renonce à l’usage de la force, et cherche à obtenir, de manière pacifique, ce qu’il désire. Les effets du commerce sont donc variables, selon si les mœurs sont « pures » ou « barbares ».

Montesquieu ajoute une seconde distinction. Pour évaluer les effets du commerce, il faut distinguer les relations internationales et les relations interindividuelles (à l’intérieur d’un même pays). De fait, « si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers ». Si Montesquieu corrige et nuance sa thèse initiale, il change aussi de point de vue : désormais, il s’intéresse moins au « commerce » qu’à « l’esprit du commerce ». Il s’agit de décrire la mentalité et les manières de penser, qui ont été intériorisées par les individus, du fait de leur implication croissante dans les activités économiques. En ce sens, l’essor du commerce a pour effet de modifier l’état d’esprit des hommes. En considérant « les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce », Montesquieu fait un double constat. Tout d’abord, la logique économique tend à s’étendre, au-delà du commerce, à tous les secteurs de la vie humaine ; tout devient l’objet d’un échange : « on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales ». Dans ces lignes, on retrouve la tendance de notre société actuelle, à vouloir tout transformer en marchandise : l’activité économique devient l’activité principale, à laquelle toutes les autres activités sont ramenées. Si on peut vendre sa « force de travail » (comme dira Marx), on peut aussi vendre, par exemple, ses connaissances, ses compétences, ou encore une partie de son corps (pensons au trafic d’organes). Or, si tout est transformé en marchandise, tout a aussi un prix et donc rien n’est gratuit. Les individus, intériorisant « l’esprit du commerce », deviennent incapables d’accomplir des actes désintéressés : « les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour l’argent ». Ainsi, à force d’échanger, on perd la faculté de donner. Quoi qu’il fasse, l’homme commerçant attend une contrepartie, et veille scrupuleusement à ce que les biens ou les services échangés soient de valeur égale : il a, en effet, « un certain sentiment de justice exacte », tel qu’il défend toujours ses intérêts « avec rigidité ». Le souci de justice qu’il manifeste résulte de sa conscience calculatrice, et n’a donc rien de moral ou vertueux : chaque transaction doit respecter une égalité numérique entre ce qui est donné et ce qui est reçu ; l’homme commerçant ne transige jamais avec cette règle, sauf si, bien sûr, l’échange inégal se fait à son avantage. Par conséquent, « l’esprit de commerce » s’oppose à la fois au « brigandage » et aux « vertus morales » : celui qui fait du commerce, certes, n’est pas violent ; mais, n’agissant que sous l’aiguillon de son intérêt personnel, il n’est pas non plus moral.

Le texte se clôt par une chute pour le moins surprenante : la comparaison entre le commerce et le brigandage tourne presque à l’avantage du second. Montesquieu remarque, en effet, que le brigand peut être supérieur à l’homme commerçant, du point de vue des vertus morales : « par exemple, l’hospitalité, très rare dans les pays de commerce, se trouve admirablement parmi les peuples brigands ». En ce sens, si le brigand n’hésite pas à recourir à la force pour s’emparer de certains biens, il est aussi capable de donner, sans compter et sans attendre quelque chose en contrepartie. Certes, il peut se montrer violent, en volant ou pillant les autres, mais il garde le sens de l’hospitalité, et peut négliger ses intérêts « pour ceux des autres », ce dont est incapable l’homme commerçant. Finalement, après avoir fait l’apologie du commerce, vantant sa vertu pacificatrice entre les pays, Montesquieu dénonce, préfigurant notre société actuelle, la mentalité égoïste de l’homme commerçant.

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Le développement du commerce apporte-il la paix ? Revenons pour finir à la question initiale, car Montesquieu n’apporte aucune réponse tranchée. De prime abord, on pourrait dire que le commerce est, par nature, pacifique : faire du commerce, c’est céder un bien pour obtenir, en contrepartie, un bien d’une valeur équivalente ; c’est opérer un échange qui est fondé sur le consentement libre et mutuel des individus. Fidèle à Montesquieu, Constant définit le commerce en ces termes : « c’est une tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus conquérir par la violence » ; c’est « un moyen plus doux et plus sûr d’engager l’intérêt des autres à consentir à ce qui convient à son intérêt [3] ». Opposant la guerre qui est « impulsion sauvage » au commerce qui est « calcul civilisé », il conclut : « il est clair que plus la tendance commerciale domine, plus la tendance guerrière doit s’affaiblir ». Pourtant, à bien y réfléchir, le commerce et la guerre se ressemblent, car, selon l’aveu même de Constant, ils ne sont que « deux moyens différents d’arriver au même but : celui de posséder ce que l’on désire ». En ce sens, on pourrait dire que le commerce n’est que la continuation de la guerre par d’autres moyens : en faisant du commerce, on cherche toujours à s’emparer du bien d’autrui, mais, au lieu de recourir à la force, on négocie. L’homme commerçant est le brigand qui a compris les limites de la force : qui vole prend le risque d’être volé à son tour, dès lors qu’il n’est pas assez fort pour conserver son bien ; mieux vaut échanger, et jouir, en toute sécurité, des biens qu’on a obtenus.

Encore faut-il que l’échange soit juste, car c’est à cette condition seulement que la paix sera maintenue. L’échange sera juste si personne n’est lésé et si chacun obtient ce qui lui est dû. Si l’échange doit être égal, il doit aussi être légal : le bon déroulement de l’échange suppose que chacun respecte les lois en vigueur. En ce sens, loin d’apporter la paix, le commerce la présuppose. Il ne peut pas exister sans la monnaie, qui rend commensurables les biens échangés, et le droit qui fixe les modalités de l’échange, sanctionne les infractions, et garantit un climat de confiance entre les personnes. Si l’échange est injuste, la résurgence de la violence est possible : celui qui a été lésé pourrait s’en indigner, et vouloir sortir du cadre juridique de l’échange pour reprendre – par la force – son dû. En outre, remarquons que le commerce ne doit pas générer des inégalités trop grandes au sein de la société [4]. En achetant un bien pour le revendre ensuite à un prix plus élevé, l’homme commerçant fait un profit, et accumule ainsi de l’argent, mais cette accumulation peut nuire, à long terme, aux échanges, et donc à la paix. De fait, imaginons une situation extrême : toutes les richesses se sont concentrées dans les mains d’une seule personne, tandis que les autres vivent dans le plus grand dénuement. Dans ce cas, celui qui a tout n’aura pas besoin d’échanger ; les autres qui n’ont rien auront besoin d’échanger, mais ne pourront pas, car, pour échanger, il faut déjà avoir quelque chose ; pour survivre, ils n’auront pas d’autre solution que de recourir à la violence pour prendre à celui qui a tout ce dont ils ont besoin. Par conséquent, des échanges inégaux, favorisant une accumulation excessive des richesses, compromettent la possibilité même d’échanger, et rendent l’ordre social instable.

[1] De l’esprit des lois, IV, livre XXI, chapitre 20 : « Comment le commerce se fit jour en Europe à travers la barbarie ». Cf. à ce sujet, Albert O. Hirschman, Les passions et les intérêts. Justifications politiques du capitalisme à son apogée, PUF, 1980.

[2] Les Lois, IV, 705a.

[3] Benjamin Constant, De l’esprit de conquête et de l’usurpation (1814).

[4] Cf. Rousseau, Du Contrat Social, II, XI, note a : « Voulez-vous donner à l’Etat de la consistance ? rapprochez les degrés extrêmes autant qu’il est possible : ne souffrez ni des gens opulents ni des gueux. Ces deux états, naturellement inséparables, sont également funestes au bien commun ».