Le bonheur consiste-t-il à ne plus rien désirer ?

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PLAN DU COURS

1. Le désir comme obstacle au bonheur

a) Le désir comme manque

Platon, Gorgias. Le débat entre Socrate et Calliclès.

b) Le désir entre souffrance et ennui

La thèse de Schopenhauer.

( Exemple : Marcel et Albertine dans La prisonnière. )

2. Le bonheur de désirer. 

a) Le divertissement comme remède à l’ennui

Pascal, Pensées. 

b) Désir et imagination

Rousseau, La nouvelle Héloïse. 

( Cf. La critique de Clément Rosset. )

c) Désir et action

Exemple : Sam Mendes, American Beauty (1999).

( Cf. Le commentaire de Pourriol. )

3. Le bonheur comme ataraxie. La maîtrise des désirs. 

a) La classification des désirs

Epicure, Lettre à Ménécée. 

b) La sagesse comme consentement à l’ordre du monde

Epictète, Manuel.

* * *

TEXTES

« Socrate : alors, explique-moi : tu dis que, si l’on veut vivre tel qu’on est, il ne faut pas réprimer ses passions, aussi grandes soient-elles, mais se tenir prêt à les assouvir par tous les moyens. Est-ce bien en cela que la vertu consiste ? Calliclès : Oui, je l’affirme, c’est cela la vertu ! Socrate : Il est donc inexact de dire que ceux qui n’ont besoin de rien sont heureux. Calliclès : Oui, parce que, si c’était le cas, les pierres et même les cadavres seraient tout à fait heureux ! Socrate : Mais, tout de même, la vie dont tu parles, c’est une vie terrible ! (…). Suppose qu’il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l’un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d’autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu’on n’obtient qu’au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n’y a plus à y reverser quoi que ce soit ni à s’occuper d’eux; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L’autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s’infligeant les plus pénibles peines. Alors regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle dis-tu qu’elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l’homme déréglé ou de l’homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d’admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Calliclès : Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l’homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n’a plus aucun plaisir, il a exactement le même type d’existence dont je parlais tout à l’heure : il vit comme une pierre. S’il a fait le plein, il n’éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisir est celle où on verse et reverse autant qu’on peut dans son tonneau ! Socrate : Alors, si on verse beaucoup, il faut aussi qu’il y en ait beaucoup qui s’en aille, on doit donc avoir de bons gros trous, pour que tout puisse s’échapper ! Calliclès : Oui, parfaitement. Socrate : Tu parles de la vie d’un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! – non, ce n’est pas la vie d’un cadavre, même pas celle d’une pierre ! (…) Calliclès : Surtout, ce dont je parle, c’est de vivre dans la jouissance, d’éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir – voilà, c’est cela la vie heureuse!»

Platon, Gorgias.

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Bill Watterson, Calvin et Hobbes, Adieu monde cruel ! (tome1)

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« Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu’on s’en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement, et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit.

De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court : on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu’on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit.

Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Et ceux qui font sur cela les philosophes, et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu’ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères, mais la chasse — qui nous en détourne — nous en garantit ».

Pascal, Pensées, éd. Le Guern, n°126.

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« Tant qu’on désire on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir: si le bonheur ne vient point, l’espoir se prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même, et l’inquiétude qu’il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité, qui vaut mieux peut-être. Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité ».

Rousseau, La Nouvelle Héloïse.

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« Il faut se rendre compte que parmi nos désirs les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires et les autres naturels seulement. Parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires pour le bonheur, les autres pour la tranquillité du corps, les autres pour la vie même. Et en effet une théorie non erronée des désirs doit rapporter tout choix et toute aversion à la santé du corps et à l’ataraxie de l’âme, puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car nous faisons tout afin d’éviter la douleur physique et le trouble de l’âme. Lorsqu’une fois nous y avons réussi, toute l’agitation de l’âme tombe, l’être vivant n’ayant plus à s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose pour parfaire le bien-être de l’âme et celui du corps. Nous n’avons en effet besoin du plaisir que quand, par suite de son absence, nous éprouvons de la douleur; et quand nous n’éprouvons pas de douleur, nous n’avons plus besoin du plaisir.

C’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. En effet, d’une part, le plaisir est reconnu par nous comme le bien primitif et conforme à notre nature, et c’est de lui que nous partons pour déterminer ce qu’il faut choisir et ce qu’il faut éviter; d’autre part, c’est toujours à lui que nous aboutissons, puisque ce sont nos affections qui nous servent de règles pour mesurer et apprécier tout bien quelconque si complexe qu’il soit. Mais précisément parce que le plaisir est le bien primitif et conforme à notre nature, nous ne recherchons pas tout plaisir, et il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs, à savoir lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent; et, d’autre part, il y a des douleurs que nous estimons valoir mieux que des plaisirs, à savoir lorsque après avoir longtemps supporté les douleurs, il doit résulter de là pour nous un plaisir qui les surpasse ».

Epicure, Lettre à Ménécée.

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« Partage des choses : ce qui est à notre portée, ce qui est hors de notre portée. A notre portée le jugement, l’impulsion, le désir, l’aversion : en un mot, tout ce qui est notre œuvre propre ; hors de notre portée le corps, l’avoir, la réputation, le pouvoir : en un mot, tout ce qui n’est pas notre œuvre propre. Et si ce qui est à notre portée est par nature libre, sans empêchement, sans entrave, ce qui est hors de notre portée est inversement faible, esclave, empêché, étranger » (I).

« Quant au désir, pour l’heure, supprime-le complètement : si en effet tu désires l’une des choses qui sont hors de notre portée, il faut nécessairement que tu ne sois pas heureux, mais parmi celles qui sont à notre portée, toutes choses qu’il serait beau de désirer, aucune n’est encore présente » (II).

« Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux » (VIII).

« Si tu veux que tes enfants, ta femme, tes amis soient toujours en vie – tu es insensé : car tu veux que ce qui est hors de ta portée soit à ta portée, et que ce qui t’est étranger soit tien. De même aussi, si tu veux que ton esclave ne commette pas de faute – tu es fou : car tu veux que le vice ne soit pas vice, mais autre chose. Mais si tu veux, dans ton désir, ne pas manquer l’atteinte, – cela tu le peux. Donc : exerce-toi à ce que tu peux (…). Celui qui veut résolument être libre, qu’il ne veuille ni ne fuie rien de ce qui est à la portée d’autres que   lui ; sinon, de toute nécessité, il sera esclave » (XIV).

Epictète, Manuel.

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Quelques textes complémentaires 

« Parfois, dans les heures où elle m’était le plus indifférente, me revenait le souvenir d’un moment lointain où sur la plage, quand je ne la connaissais pas encore, non loin de telle dame avec qui j’étais fort mal et avec qui j’étais presque certain maintenant qu’elle avait eu des relations, elle éclatait de rire en me regardant d’une façon insolente. La mer polie et bleue bruissait tout autour. Dans le soleil de la plage, Albertine, au milieu de ses amies, était la plus belle. C’était une fille magnifique, qui, dans ce cadre habituel d’eaux immenses, m’avait, elle, précieuse à la dame qui l’admirait, infligé cet affront. (…) La honte, la jalousie, le ressouvenir des désirs premiers et du cadre éclatant avaient redonné à Albertine sa beauté, sa valeur d’autrefois. Et ainsi alternait, avec l’ennui un peu lourd que j’avais auprès d’elle, un désir frémissant, plein d’images magnifiques et de regrets, selon qu’elle était à côté de moi dans ma chambre ou que je lui rendais sa liberté dans ma mémoire, sur la digue, dans ses gais costumes de plage, au jeu des instruments de musique de la mer, Albertine, tantôt sortie de ce milieu, possédée et sans grande valeur, tantôt replongée en lui, m’échappant dans un passé que je ne pourrais connaître, m’offensant, auprès de la dame, de son amie, autant que l’éclaboussure de la vague ou l’étourdissement du soleil, Albertine remise sur la plage ou rentrée dans ma chambre, en une sorte d’amour amphibie. »

Proust, La prisonnière.

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« Affirmer le caractère névrotique de l’espérance peut certes sembler paradoxal : puisqu’on tient généralement celle-ci pour une vertu, c’est-à-dire une force. Pourtant il n’est pas de force plus douteuse que l’espérance. (…) Tout ce qui ressemble à de l’espoir, à de l’attente, constitue en effet un vice, soit un défaut de force, une défaillance, une faiblesse – un signe que l’exercice de la vie ne va plus de soi, se trouve en position attaquée et compromise. Un signe que le goût de vivre fait défaut et que la poursuite de la vie doit dorénavant s’appuyer sur une force substitutive : non plus sur le goût de vivre la vie que l’on vit, mais sur l’attrait d’une vie autre et améliorée que nul ne vivra jamais. L’homme de l’espoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé » (…). A l’opposé, la joie constitue la force par excellence, ne serait-ce que dans la mesure où elle dispense précisément de l’espoir, – la force majeure en comparaison de laquelle toute espérance apparaît comme dérisoire, substitutive, équivalant à un succédané et à un produit de remplacement ».

Clément Rosset, La force majeure (1983).

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« Reprenons l’exemple de Lester dans American Beauty, qui offre l’avantage de nous montrer qu’une évolution est possible, puisque le personnage passe, dans le temps d’un film, d’un état de passivité totale à l’activité la plus pleine et joyeuse. Sa passivité du début, celle d’un père de famille éteint par la routine, subit une première secousse quand il aperçoit la jolie majorette qui le bouleverse jusqu’au coup de foudre. Dans le coup de foudre, comme son nom l’indique, on se montre essentiellement passif, puisqu’on subit quelque chose d’extérieur qui nous frappe. Mais comme le coup de foudre fait ressentir de la joie, la puissance d’agir de notre corps, paradoxalement, est augmentée, aidée. Lester va soudain avoir un but dans la vie, un but dont il n’est pas la cause adéquate, puisque ce but lui est extérieur, et ne dépend pas de lui : s’il veut séduire cette gamine, il va devoir changer, mais rien ne garantit qu’elle s’intéressera à lui. Il risque de sombrer dans une dépendance et une léthargie bien pires que sa léthargie d’origine, car s’y ajoutera le pathétique de sa situation de père de famille amoureux d’une Lolita. Mais c’est le contraire qui va se produire. Après avoir repris sa vie en main, et cessé de subir les vexations de sa femme dominatrice et castratrice, ou les humiliations sourdes de la vie de bureau, il retrouve, par la pratique sportive, la musique et l’usage récréatif d’une fumette de qualité, une telle joie de vivre qu’au moment où la jeune majorette s’offre à lui, il ne veut plus d’elle. Il la repousse non par peur des conséquences, mais dans un geste protecteur soucieux de l’épanouissement de l’autre. Il est devenu actif, il est enfin devenu la cause adéquate de qui lui arrive. Au lieu de subir une passion, il affirme une action. »

Ollivier Pourriol, Cinéphilo. Les plus belles questions de la philosophie sur grand écran (2008).

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« Le but que je me propose est de suggérer un remède à la détresse ordinaire de tous les jours dont souffrent la plupart des habitants des pays civilisés et qui est d’autant plus pénible à endurer que, n’ayant pas de cause extérieure apparente, elle semble inévitable. (…)

Peut-être la meilleure introduction à la philosophie que je veux prêcher serait quelques lignes d’autobiographie. Je ne suis pas né heureux. Enfant, mon hymne favori était : « Las du monde et plein d’iniquité. » À cinq ans, je compris que si j’avais à vivre jusqu’à soixante-seize ans, je n’avais jusqu’alors enduré que la quatorzième partie de ma vie entière et je sentis que l’ennui interminable qui s’étendait devant moi serait presque intolérable. Adolescent, j’ai haï la vie et j’étais continuellement sur le point de me suicider, ce dont j’étais empêché par mon désir de me perfectionner en mathématiques. Maintenant, au contraire, j’aime la vie, je pourrais presque dire que chaque année qui passe, je l’aime davantage. Cela est dû en partie à ce que j’ai découvert quelles étaient les choses que je désirais le plus et au fait que, peu à peu, j’ai fini par les obtenir. Cela tient aussi en partie à ce que j’ai efficacement écarté comme essentiellement inaccessibles certains objets de désir, tels que l’acquisition d’une connaissance absolue de choses et d’autres.

Mais, en grande partie, cela est dû à un intérêt décroissant dans ma propre personne. Comme tant d’autres qui ont eu une éducation puritaine, j’avais l’habitude de méditer sur mes péchés, mes folies et mes imperfections. Je me paraissais – certainement à juste titre – un type misérable. Peu à peu, j’appris à manifester de l’indifférence à l’égard de moi-même et de mes défauts ; je vins à concentrer mon attention de plus en plus sur les choses extérieures : l’état du monde, les diverses branches du savoir, les personnes pour lesquelles je ressentais de l’affection. Les intérêts extérieurs, je l’avoue, apportant chacun leurs propres possibilités de douleur : le monde peut être plongé dans la guerre ; le savoir, dans une direction donnée, peut être dur à atteindre ; les amis peuvent mourir. Mais les chagrins de cette sorte ne détruisent pas la qualité essentielle de la vie comme le font ceux qui découlent du dégoût de soi-même. Et tout intérêt extérieur incite à quelque activité, qui, aussi longtemps que l’intérêt demeure vivant, est un préventif complet contre l’ennui. Un intérêt égocentrique, au contraire, ne mène à aucune activité progressive. Écrire son journal, se faire psychanalyser ou peut-être devenir moine, tels sont les résultats possibles d’une telle attitude. (…) Une discipline extérieure est la seule voie au bonheur pour ces infortunés dont l’intérêt excessif en eux-mêmes est trop profond pour être guéri d’une autre manière. »

Bertrand Russell, La conquête du bonheur (1930), chapitre 1 : « Qu’est-ce qui rend les gens malheureux ? »