Freud. Cinq leçons sur la psychanalyse.

9782228904957

Résumé

  • Première leçon : le cas d’Anna O. À l’origine de la psychanalyse, il y a les travaux du docteur Josef Breuer sur l’hystérie. Il découvre que cette maladie, que la médecine traditionnelle ne peut pas expliquer, a des causes psychiques. Le cas célèbre d’Anna O. en témoigne. Ses premiers symptômes sont apparus, alors qu’elle était au chevet de son père malade, qui était sur le point de mourir. Breuer la place sous hypnose pour la faire parler (talking cure). Exemple de l’hydrophobie engendrée par la vue d’un chien buvant dans un verre d’eau (p.34-35) . Exemple aussi des troubles oculaires provoquées par la retenue des larmes : Anna ne voulait pas être vue par son père, en train de pleurer (p.36-37). Freud conclut que « les hystériques souffrent de réminiscences » et que « leurs symptômes sont les résidus et les symboles de certains événements (traumatiques) » (p.38). Comparaison entre les symptômes hystériques et les monuments commémoratifs : les malades sont prisonniers de leur passé. Paradoxalement, ils ont oublié les scènes pathogènes, celles qui sont à l’origine de leur maladie.
  • Deuxième leçon : la notion de refoulement. Freud s’oppose à la conception de l’hystérie défendue par Charcot et son disciple, Pierre Janet. Mais il prend aussi ses distances par rapport à Breuer, car il refuse de pratiquer l’hypnose : « c’est un procédé incertain et qui a quelque chose de mystique » (p.47). En interrogeant ses patients dans leur état normal, Freud découvre qu’il y a une force qui « résiste » et qui empêche la réminiscence. C’est que les événements traumatiques n’ont pas été simplement « oubliés » : ils ont été « refoulés ». Qu’est-ce que le refoulement ? Il s’agit d’un processus normal qui vise à protéger la personne psychique, en mettant ainsi un terme au conflit intérieur qui la déchire : les désirs perturbateurs sont rejetés hors de la conscience. Exemple de la jeune fille qui tombe amoureuse de son beau-frère, et qui se réjouit, malgré elle, de la mort de sa sœur ; elle tombe aussitôt malade (p.50-51). Comparaison entre le refoulement et le fait d’expulser un individu qui dérange hors de la salle de cours, en lui fermant la porte, pour qu’il ne puisse plus rentrer (p.51-52). Le psychanalyste joue le rôle d’un tiers pacificateur. La maladie ne provient pas du refoulement, mais plutôt de l’échec de celui-ci : « le souhait refoulé continue à subsister dans l’inconscient» (p.54), et se manifeste à travers les symptômes pathologiques. Pour guérir, le patient doit parvenir à surmonter la résistance qui empêche les idées inconscientes d’accéder au champ de la conscience.
  • Troisième leçon : le postulat du déterminisme psychique. Freud utilise la méthode dite « des associations libres » : le patient doit dire à l’analyste toutes les pensées qui lui viennent à l’esprit, sans tri, sans jugement, sans discrimination. Cependant, cette méthode pose problème : rien ne garantit a priori que les idées qui viennent spontanément à l’esprit du patient aient un rapport quelconque avec la représentation refoulée qu’il faut découvrir. Aussi Freud est-il contraint de postuler que ces idées spontanées, aussi éloignées paraissent-elles de l’objet refoulé, sont néanmoins en rapport avec lui, dans la mesure où tous les faits psychiques sont liés les uns aux autres, et peuvent donc s’expliquer les uns par les autres. Il s’agit du principe du déterminisme psychique, en lequel Freud avoue avoir « la foi la plus absolue » (p.58). Certes, l’idée spontanée et la représentation refoulée ne sont pas identiques : l’une est consciente, alors que l’autre est inconsciente. Toutefois, selon Freud, en vertu du déterminisme psychique, la première est l’effet de la seconde : l’idée spontanée a donc valeur de symptôme ; elle est « un substitut nouveau, artificiel et éphémère de la chose refoulée » (p.59) ; elle lui ressemble d’autant moins que la résistance qui la déforme est plus forte. En d’autres termes, « l’idée surgissant dans l’esprit du malade est, par rapport à l’élément refoulé, comme une allusion, comme une traduction de celui-ci dans un autre langage » (p.59). Il revient donc au psychanalyste d’interpréter les propos de son patient, et de remonter ainsi de l’idée spontanée à la représentation refoulée. Deux autres procédés pour accéder à l’inconscient: l’interprétation des rêves, et celle des erreurs et des lapsus. « L’interprétation des rêves est, en réalité, la voie royale de la connaissance de l’inconscient » (p.63). Le rêve comme satisfaction virtuelle des désirs qui sont, dans la réalité, insatisfaits. Le « contenu manifeste du rêve » est l’expression déformée de « l’ensemble des idées oniriques latentes », qui sont dans l’inconscient. Si les rêves semblent incompréhensibles, c’est à cause de la résistance. Par « travail onirique », Freud désigne l’opération par laquelle les idées inconscientes se transforment en contenu manifeste. Le cas des actes manqués (p.70) : oubli momentané, lapsus, maladresse, etc. Selon Freud, toutes les actions de la vie quotidienne ont un sens, et peuvent donc faire l’objet d’une interprétation. On peut les considérer comme des symptômes. Double avantage de la psychanalyse : elle guérit et elle explique ; elle vise à « ramener à la conscience tout ce qui en a été refoulé » (p.73). Mais elle rencontre une vive résistance auprès du public.
  • Quatrième leçon : la sexualité comme cause des maladies. Découverte de la psychanalyse : « avec une régularité surprenante, les symptômes morbides se trouvent liés à la vie amoureuse du malade » (p.75). Pour Freud, il ne s’agit pas d’un postulat théorique, mais bien d’un constat qui découle de l’expérience. Mais la sexualité reste un sujet tabou, et donc difficile à étudier. Parfois, il s’agit d’évènements traumatiques banals, sans rapport avec la sexualité, mais ces derniers s’expliquent toujours par l’enfance du malade. De l’enfance proviennent les désirs refoulés, qui sont, en général, de nature sexuelle. Il y a « une sexualité infantile » (p. 78). La première phase : l’auto-érotisme, l’excitation des zones érogènes de son propre corps. Puis développement de la libido, qui suppose une personne étrangère comme objet. Progressivement, les pulsions, soumises à la zone génitale, se mettent au service de la reproduction. Elles peuvent conserver leur forme première, et deviennent des perversions (tendance à l’auto-érotisme, à l’homosexualité). Mais, au cours de l’éducation, se produisent aussi des refoulements importants. Le complexe d’Oedipe et l’interdit de l’inceste : « Il est inévitable et tout à fait logique que l’enfant fasse de ses parents l’objet de ses premiers choix amoureux » (p.87). Freud a finalement le même projet que Descartes : « surmonter chez chacun de nous les résidus de l’enfance » (p.88).
  • Cinquième leçon : les effets du traitement. L’homme malade souffre des désirs refoulés, qu’il ne peut pas satisfaire dans la réalité. Il se réfugie alors dans la maladie, et se détourne du réel. Mais ces désirs sont aussi présents chez l’homme sain : seulement, chez ce dernier, le refoulement a bien fonctionné. Au sein de chacun, il y a un conflit entre des forces psychiques, qui aboutit soit à la santé, soit à la névrose. Une autre solution est possible : l’art. L’origine sexuelle des névroses est confirmée par le phénomène du transfert qui apparaît dans la relation entre le médecin et son patient, mais aussi dans toutes les relations humaines. En libérant les pulsions refoulées, la psychanalyse aggrave-t-elle le mal ? Est-ce un retour à la nature et la fin de la culture ? Non. « En corrigeant les résultats du refoulement défectueux, le traitement psychanalytique répond aux tendances les plus élevées de la vie culturelle » (p.96). Le désir, devenu conscient, est inoffensif, et peut être maîtrisé. S’il ne disparaît pas, le désir peut être réorienté vers d’autres fins ; c’est le cas lorsqu’il y a sublimation. Le désir peut aussi être satisfait ; la culture doit relâcher la pression qu’elle exerce sur l’individu, sous peine de le tuer. « Ne négligeons pas tout à fait ce qu’il y a d’animal dans notre nature » (p.97).

NB : La pagination correspond à la nouvelle édition « Petite bibliothèque Payot », 2010.